La défense du détroit de Surigao

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Le 23 octobre, [https://fr.wikipedia.org/wiki/Kiyohide_Shima Shima] avait atteint [https://en.wikipedia.org/wiki/Coron_Island Coron Bay] où il devait ravitailler mais il dû attendre l'arrivée du pétrolier '''[[Nichiei Maru]]''', en retard.<br/ >
Le 23 octobre, [https://fr.wikipedia.org/wiki/Kiyohide_Shima Shima] avait atteint [https://en.wikipedia.org/wiki/Coron_Island Coron Bay] où il devait ravitailler mais il dû attendre l'arrivée du pétrolier '''[[Nichiei Maru]]''', en retard.<br/ >
Il repart de Coron Bay le 24 octobre à l'aube. A 09:15, il est attaqué près de l'[https://fr.wikipedia.org/wiki/Panay île Panay] par les avions de l'USS Franklin. Le destroyer ''Wakaba'' est touché à mort et coule en 45 minutes par 121°36'E - 11°36'N [https://www.google.com/maps?ll=11.6,121.6&spn=30,30&q=11.6,121.6&hl=fr voir carte]. '''[[Hatsuharu]]''' et ''Hatsushimo'' recueillent les survivants qu'ils ramènent à Manille.<br/ >
Il repart de Coron Bay le 24 octobre à l'aube. A 09:15, il est attaqué près de l'[https://fr.wikipedia.org/wiki/Panay île Panay] par les avions de l'USS Franklin. Le destroyer ''Wakaba'' est touché à mort et coule en 45 minutes par 121°36'E - 11°36'N [https://www.google.com/maps?ll=11.6,121.6&spn=30,30&q=11.6,121.6&hl=fr voir carte]. '''[[Hatsuharu]]''' et ''Hatsushimo'' recueillent les survivants qu'ils ramènent à Manille.<br/ >
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Sans le savoir, la V° flotte de Shima navigue 40 milles en arrière de celle de Nishimura. A cela une "bonne" raison. Shima ne dépend pas de Kurita mais de Tokyo, qui l'avait primitivement chargé d'achever la flotte américaine au cas où le débarquement eût lieu à Formose, avant de recevoir l'ordre de rallier Nishimura au sud. Un problème d'hommes complique encore la situation. Shima étant de même grade mais plus ancien que Nishimura aura dû commander la pince sud de la tenaille. Mais les deux amiraux se détestent et affectent de s'ignorer, chacun se ruant à sa bataille sans se préoccuper de ce que fait l'autre. Shima n'ayant aucune nouvelle de Kurita ni de Nishimura continue sa marche sur Leyte en gardant le silence radio, sans trop se presser à 15 nœuds, décidé à faire bande à part et tirer profit des circonstances.<br/ >
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Sans le savoir, la V° flotte de Shima navigue 40 milles en arrière de celle de Nishimura. A cela une "bonne" raison. Shima ne dépend pas de Kurita mais de Tokyo, qui l'avait primitivement chargé d'achever la flotte américaine au cas où le débarquement eût lieu à Formose, avant de recevoir l'ordre de rallier Nishimura au sud. Un problème d'hommes complique encore la situation. Shima étant de même grade mais plus ancien que Nishimura aurait dû commander la pince sud de la tenaille. Mais les deux amiraux se détestent et affectent de s'ignorer, chacun se ruant à sa bataille sans se préoccuper de ce que fait l'autre. Shima n'ayant aucune nouvelle de Kurita ni de Nishimura continue sa marche sur Leyte en gardant le silence radio, sans trop se presser à 15 nœuds, décidé à faire bande à part et tirer profit des circonstances.<br/ >
Dans l'après-midi, lorsque Nishimura apprend que Kurita a repris sa marche sur Leyte avec 6 heures de retard, il confère avec son état-major :<br/ >
Dans l'après-midi, lorsque Nishimura apprend que Kurita a repris sa marche sur Leyte avec 6 heures de retard, il confère avec son état-major :<br/ >
:- ''Il faut ralentir pour déboucher ensemble dans le golfe, amiral, sinon les Américains nous détruiront à tour de rôle.''<br/ >
:- ''Il faut ralentir pour déboucher ensemble dans le golfe, amiral, sinon les Américains nous détruiront à tour de rôle.''<br/ >

Version actuelle en date du 20 novembre 2017 à 21:45

Sommaire

La pince sud de la tenaille

Plus heureux que Kurita, Nishimura, grâce à des itinéraires détournés, avait réussi à déjouer les sous-marins américains placés sur sa route dans le détroit de Balabac. Le 23 octobre vers 3 heures du matin, parvenu en mer de Sulu, au lieu de mettre le cap droit sur Leyte, il avait longé la côte ouest de Palawan, évitant les patrouilles aériennes opérant depuis Morotai, conquise dès le début de ce mois d'octobre 1944.
A l'aube du 24, il avait infléchi sa route au sud-est, cap sur le détroit qui donne accès à la mer de Bohol, puis Mogami avait catapulté son hydravion de reconnaissance, qui survolant le golfe de Leyte à 06:50 diffusait cette information capitale :

- Dans le sud du golfe, 4 cuirassés, 2 croiseurs et 2 destroyers.

Il vient de découvrir une partie de la flotte de soutien d'Oldendorf, qui compte en réalité 6 cuirassés et 9 croiseurs, certains étant masqués par les replis de la côte. Poursuivant son vol, le pilote a la vision fantastique du débarquement :

- Devant les plages de Leyte, entre Dulag et Tacloban, 100 navires de transport, des centaines d'engins de débarquement ! Les plages sont couvertes d'hommes et de matériel !

Puis l'hydravion survole l'île de Dinagat et s'engage au-dessus du Pacifique. Une nouvelle surprise l'attend.

- A 40 milles dans le sud-est de Leyte, une escadre de 12 porte-avions et autant de destroyers !

C'est son dernier message. Un éclair argenté tombant du ciel, une rafale d'obus hachant la carlingue. Un chasseur Hellcat l'abat en flammes. Mais l'information sensationnelle est passée.
Il s'agit des escadres de soutien Taffy 1 et Taffy 2, les petits porte-avions d'escorte de l'amiral Sprague. Seule Taffy 3, qui navigue au nord de Leyte, n'a pas été repérée, et pas davantage la III° flotte de Halsey, encore plus au nord.
Des porte-avions ! Cette nouvelle décisive est communiquée à Kurita. Mais, les japonais n'ayant pas repéré la flotte de Halsey, il se produit dans leur esprit une confusion dramatique qui va durer pendant toute la bataille. Les porte-avions de Sprague et les vieux cuirassés d'Oldendorf, dont le rôle exclusif est de défendre les plages, ont été pris pour la puissante flotte stratégique de Halsey. Celui-ci devant être engagé contre Kurita et Ozawa, Nishimura espérait trouver à son arrivée le golfe vide du gros des forces navales.
A 08:00, Nishimura entre dans le détroit de Mindanao. Vers 9 heures, il est attaqué par les avions de USS Franklin et Enterprise, lancés par la TF.38 en vue de couvrir le secteur sud. Fuso encaisse une bombe, sans altérer sa valeur combative. Nishimura prie pour qu'Ozawa, entre temps, attire les porte-avions d'Halsey. Effectivement, il n'y a pas d'autre attaque, non par la grâce d'Ozawa, mais parce que le TG.4 a été dépêché vers le nord pour attaquer Kurita.

Pendant ce temps, Shima...

Le 23 octobre, Shima avait atteint Coron Bay où il devait ravitailler mais il dû attendre l'arrivée du pétrolier Nichiei Maru, en retard.
Il repart de Coron Bay le 24 octobre à l'aube. A 09:15, il est attaqué près de l'île Panay par les avions de l'USS Franklin. Le destroyer Wakaba est touché à mort et coule en 45 minutes par 121°36'E - 11°36'N voir carte. Hatsuharu et Hatsushimo recueillent les survivants qu'ils ramènent à Manille.
Sans le savoir, la V° flotte de Shima navigue 40 milles en arrière de celle de Nishimura. A cela une "bonne" raison. Shima ne dépend pas de Kurita mais de Tokyo, qui l'avait primitivement chargé d'achever la flotte américaine au cas où le débarquement eût lieu à Formose, avant de recevoir l'ordre de rallier Nishimura au sud. Un problème d'hommes complique encore la situation. Shima étant de même grade mais plus ancien que Nishimura aurait dû commander la pince sud de la tenaille. Mais les deux amiraux se détestent et affectent de s'ignorer, chacun se ruant à sa bataille sans se préoccuper de ce que fait l'autre. Shima n'ayant aucune nouvelle de Kurita ni de Nishimura continue sa marche sur Leyte en gardant le silence radio, sans trop se presser à 15 nœuds, décidé à faire bande à part et tirer profit des circonstances.
Dans l'après-midi, lorsque Nishimura apprend que Kurita a repris sa marche sur Leyte avec 6 heures de retard, il confère avec son état-major :

- Il faut ralentir pour déboucher ensemble dans le golfe, amiral, sinon les Américains nous détruiront à tour de rôle.

Nishimura n'est pas de cet avis et compte attaquer la défense américaine de nuit alors que son aviation sera clouée aux porte-avions.

- Prévenez l'honorable Kurita que je m'en tiens au plan.

Pour Shima, rien... Les deux escadres du sud continuent donc leur marche séparée traversant la mer de Mindanao, en s'ignorant. La nuit tombe et le détroit de Surigao approche.

Golfe de Leyte, 24 octobre 1944

Sur ordre de l'amiral Kinkaid, son chef d'état-major le capitaine de vaisseau Shaeffer a convoqué à 14:00, à bord du navire de commandement Wasatch, mouillé au large de la plage de Tacloban, les chefs d'escadre. Préalablement à 12:15, Kinkaid avait mis toute la flotte en alerte par ce message :

- Préparez-vous à un engagement naval nocturne. Des forces ennemies estimées à deux cuirassés, quatre croiseurs lourds et dix contre-torpilleurs peuvent déboucher cette nuit par le sud, dans le golfe de Leyte.

La réunion commence.

- Messieurs, je vous ai réunis pour faire le point de la situation à la veille d'une probable bataille décisive. Je vous confirme mes divers messages. Une escadre de cuirassés et une autre de croiseurs lourds font route au sud vers Leyte à travers la mer de Jolo. Elles atteindront cette nuit le détroit de Surigao. La première a été attaquée par deux escadrilles de USS Enterprise et Franklin, mais n'a pas été stoppée, l'amiral Halsey ayant dû rappeler ses porte-avions pour contrer l'avance du corps de bataille japonais et veiller à la menace des porte-avions qu'on n'a pu encore localiser. Les avions de Mitscher les recherchent, l'amiral Halsey garde le détroit de San-Bernardino. Nous sommes donc couverts au nord. Heureusement, le débarquement des troupes s'achève aujourd'hui et à son terme le général Krueger, commandant la VI° armée, doit me relever de cette responsabilité.

Kinkaid enchaîne ensuite sur les grandes lignes du plan de défense :

- Nous disposons de quatre hydravions Catalina équipés de radar, les Black Cats. Dès ce soir, deux d'entre eux exploreront la mer de Mindanao. L'amiral Oldendorf barrera le détroit à l'ennemi sur trois lignes successives. Premièrement, dans le golfe, la ligne de bataille avec six cuirassés, couverts sur les flancs par les croiseurs. Deuxième ligne, plus avancée, les 28 destroyers patrouilleront en plein détroit. Enfin, en avant-garde les 39 vedettes lance-torpilles dont le rôle principal est de détecter l'ennemi et de rendre compte. Un point de détail à ne pas négliger : retirez tous vos hydravions à bord des cuirassés et croiseurs. Souvenez-vous de la bataille de Savo, en 1942, où l'incendie d'un réservoir a désigné notre flotte aux pointeurs japonais. Amiral Sprague, que vos porte-avions soient prêt à lancer à l'aube pour achever l'ennemi.

Après s'être souhaité bonne chance, chacun regagne son bord pour peaufiner les détails de l'opération.

Veillée d'armes face au détroit de Surigao

L'amiral Oldendorf a rejoint son navire de commandement le croiseur lourd Louisville et deux heures plus tard réuni ses subordonnés, les amiraux des cuirassés Weyler et Chandler; l'amiral Berkey, commandant les croiseurs lourds; les commandants des escadrons de destroyers Coward, McManes et Smoot; enfin Bowling, commandant des vedettes rapides.

- Messieurs, nous sommes réunis pour préparer la bataille décisive.
La flotte devra livrer un combat rapide. Nous n'avons pas les moyens de soutenir une action prolongée, ni en munitions, ni en combustible. En outre, il faudra parer à une éventuelle apparition sur nos arrières de tel ou tel bâtiment de Kurita débouchant dans le golfe par le nord, après avoir trompé la surveillance de Lee devant San Bernardino. En conséquence, j'ordonne le déclenchement du tir entre 15 000 et 18 000 mètres, pas avant, pour obtenir le meilleur rendement, même au risque de voir l'ennemi tirer le premier, éventualité d'ailleurs improbable la nuit, puisque nous disposons de meilleurs radars et que nous créerons la surprise. Compte tenu qu'il ne nous reste que 12% de stock de munitions de gros calibres, nous utiliserons des obus de rupture pour les cinq premières salves, en espérant qu'elles soient décisives.
C'est donc pourquoi nous allons utiliser massivement la torpille d'autant que la configuration des lieux s'y prête.

Puis s'adressant aux commandants des escadrons de destroyers :

- Que toute occasion permettant une attaque de ce genre soit immédiatement saisie et exploitée. Les vedettes placées à l'entrée du détroit donneront l'alerte, en priorité. Aussitôt après, l'ennemi se heurtera en plein détroit à vos flottilles de destroyers qui attaqueront sur les flancs, à la fois pour dégager le champ de tir central de nos cuirassés que pour garder en écran, derrière eux, les escarpements du détroit en vue de rendre inefficaces les radars japonais. Après cela, nos cuirassés pourront entrer en action. Messieurs, des questions ?

Après les réponses aux habituelles questions logistiques, Oldendorf conclut :

- Je résume : en avant-garde, à 70 milles du corps de bataille, les vedettes, dissimulées entre le goulet sud et les îles, donneront l'alerte, puis porteront les premiers coups. Dans le golfe , barrant le goulet nord du détroit, la ligne de bataille cuirassée, toutes pièces battantes, pour barrer le T à l'ennemi. Vitesse 5 nœuds avant le combat, dix, puis quinze nœuds pendant l'action. Sur ses flancs, les croiseurs et le gros de destroyers. Au milieu, en plein détroit, en tête le 54° escadron de Coward; en deuxième échelon, à 14 000 mètres de nos cuirassés, les 24° et 56° escadrons. Messieurs, je vous remercie et que Dieu nous garde.

La journée s'achève dans une ambiance électrique. 82 bâtiments de guerre (6 cuirassés, 9 croiseurs, 28 destroyers et 39 vedettes lance-torpilles) se mettent en position pour le combat naval au canon du siècle. Pendant ce temps, dans le golfe, l'aviation japonaise multiple ses raids de harcèlement contre les troupes, les plages et les mouillages. Plus les chasseurs des Taffy en abattent, plus il en tombe des nuages ! Au nord, on est toujours sans nouvelles de l'amiral Lee, que l'on croit posté à l'affût de Kurita devant le détroit de San Bernardino.
A 20:35, Kinkaid reçoit ce message de Halsey :

Je fais route au nord avec mes trois task groups de porte-avions pour attaquer les porte-avions ennemis.

Ce message rassure Kinkaid et Oldendorf. Or, les cuirassés de Lee avaient été retirés de la garde de San Bernardino et s'éloignaient à 25 nœuds dans le Pacifique avec les grands porte-avions de Mitscher, laissant le champ libre à Kurita.

Les vedettes lance-torpilles à l'affût

Il est environ 20 heures lorsque, sous le commandement du capitaine de frégate Bowling, les 39 vedettes réparties en 13 sections se sont mises en place à l'ouvert du détroit, entre les îles de Panaon et de Bohol. Moteurs stoppés, à bord de chaque vedette commandée par un enseigne de vaisseau, l'observation radar et l'attente commencent.
A 21 heures, du cuirassé Yamashiro, navire-amiral de Nishimura, part un ordre par projecteur :

- Croiseur Mogami, contre-torpilleurs Asagumo, Michishio et Yamagumo, déployez-vous en avant pour explorer les approches du détroit de Surigao.

Le Shigure se positionne 2 000 mètres en avant de l'escadre et protège désormais seul les deux cuirassés.
A 22:14, à bord de la vedette PT-131, deux échos radar sont captés au 265 à 10 milles. L'enseigne de vaisseau Gadd saisit son micro et appelle son chef de section, le lieutenant de vaisseau Pullen, positionné non loin sur la PT-152. Celui-ci alerte la PT-130 et lance l'attaque, oubliant du même coup d'alerter son supérieur. Les trois vedettes de la 1ère section foncent dans la nuit d'encre vers l'ennemi à 25 nœuds. Quelques minutes plus tard, à bord du Shigure :

- Alerte ! Echos 20° bâbord. Tirez des obus éclairants. Brouillage radio. Cap droit sur l'ennemi. Feu à volonté.

A bord des vedettes, c'est la débandade. Navigant à pleine vitesse entre les énormes gerbes, la section Pullen tente de s'échapper vers le nord. Trop tard pour alerter Oldendorf. Le vacarme des moteurs et le brouillage ennemi rendent impossible toute communication radio. De plus, des coups ont porté et le matériel radio est détruit. A l'aide de rideaux de fumée, la section réussit à s'échapper et rejoint la 2ème section positionnée 15 milles plus au nord. C'est seulement à 23:30 que la jonction se fait avec la PT-127 de l'enseigne Johnson et que l'alerte est donnée.
A 00:35 le 25 octobre, la 2ème section d'Owen lance une attaque contre l'avant-garde, mais les tirs du Mogami refoule les vedettes. Puis à 02:05 les 6ème et 9ème sections lancent 21 torpilles qui sont évitées par les japonais qui ripostent. Dans le camp américain on déplore 3 morts et 20 blessés et malgré l'échec des attaques, l'ennemi est signalé. La parole est maintenant aux destroyers.

L'attaque des destroyers

A 01:40, le capitaine de vaisseau Jesse B. Coward, commandant le 54° escadron de destroyers (DesRon54) reçoit d'Oldendorf le rapport d'attaque des vedettes. Aussitôt, il confirme son plan d'attaque préalablement élaboré avec ses subordonnés :

- Leader à 54° escadron. Nous nous divisons en 3 sections. Le Mertz et le McNair restent à l'entrée du golfe pour y parer une éventuelle infiltration de l'ennemi. Le McGowan et le Melvin rallient mon Remey pour une attaque à la torpille dans le détroit en longeant la rive de Dinagat. Le McDermut et le Monssen attaqueront 10 minutes plus tard le long de l'autre rive, celle de Leyte. Le milieu du détroit doit resté dégagé pour demeurer sous le tir de nos cuirassés. Après l'attaque, repli général en collant au rivage. Etat d'alerte numéro un. Poussez les feux.

Les destroyers lèvent les ancres et rejoignent leurs positions d'attaque. Minute par minute, Oldendorf tient Coward au courant de l'évolution tactique. A 02:25, la section Coward s'élance en file indienne dans le détroit à 22 nœuds, suivie 10 minutes plus tard par la section commandée par le capitaine de frégate Phillips sur la rive opposée, alors que la formation japonaise apparaît au bord des scopes radar à 30 000 mètres.
Grâce à la chauffe maximum des chaudières, la vitesse atteint 27 puis 30 nœuds. Les deux adversaires se précipitent l'un vers l'autre à la vitesse relative de 80 km/heure. A 8 000 mètres, les paramètres de tir sont rentrés dans le TDC : AoB 32° droite, vitesse 17 nœuds. A 6 000 mètres, l'ordre de tir est lancé. A 03:00, 27 torpilles sortent des tubes, puis la section abat à bâbord toute à la vitesse maximale et fait demi-tour sur un cap au 021.
A 03:05 la formation US est illuminée par des obus éclairants et canonnée. Mais s'enfuyant sous couvert d'écran de fumée à 35 nœuds, elle se trouve rapidement hors de portée. De 03:08 à 03:09, cinq explosions sont perçues dans l'escadre japonaise.
Juste en face, sur la rive de Leyte, la section du capitaine Phillips est à son tour illuminée par les éclairants. A 03:10, les deux destroyers lancent 18 torpilles et font rapidement demi-tour sur tribord. Les obus pleuvent en ordre dispersé dans leurs sillages. Manifestement les japonais tirent au jugé et Phillips se garde bien de riposter pour ne pas guider leur tir et s'enfuit sous écran de fumée en collant à la côte. De nouvelles explosions sont captées dans la formation nippone. Dans l'escadre japonaise, c'est l'enfer ...

Nishimura dans le noir

Peu de temps après l'attaque de 22:28 par les vedettes, à 70 milles du détroit, l'amiral Nishimura avait reçu le message de Kurita qui bouleversait les plans :

Le corps de bataille arrivera devant Leyte demain à 11 heures. Nishimura fera préalablement irruption dans le golfe et effectuera sa jonction avec moi dans le nord-est de Suluan à 9 heures.

Pour réaliser l'indispensable coordination entre les deux pinces de la tenaille, après le retard causé par les évènements en mer de Sibuyan, il aurait fallu que Nishimura entrât dans le détroit à 05:30. Il avait 1 heure et demie d'avance. Après en avoir conféré avec son état-major, il prit sa décision :

- Étant au contact des Américains, il est trop tard pour reculer. Ralentir nous exposerait au péril sous-marin; tourner en rond épuiserait notre combustible. Je m'en tiens toujours au combat de nuit. Que l'escadre prenne l'ordre de bataille.

A 35 milles en arrière, Shima, captant lui aussi le message de Kurita, hésita. Toujours aucune nouvelle de Nishimura !:

- Il ne ralentira pas. Je vais donc arriver trop tard pour la bataille. Eh bien, j'achèverai la méprisable flotte américaine en déroute !

Il ordonna de porter la vitesse à 22 nœuds, le maximum permis par son stock de mazout pour le retour.
A 00:45, l'avant-garde de Nishimura après avoir repoussé les vedettes, rallia le gros et se plaça en arrière, dispositif qui allait mettre les deux cuirassés sous les coups directs des destroyers. De toute évidence, Nishimura, qui méprisait les Américains, ne croyait pas à ce genre d'attaque héroïque à la torpille, tellement sûr de la supériorité de ses 24 puissants canons de 14".
A 2 heures, l'escadre japonaise, deux destroyers seulement en tête, suivis en file indienne par les cuirassés Yamashiro et Fuso, en arrière le croiseur Mogami et un destroyer sur chaque flanc, entre dans le détroit. Non seulement le harcèlement des vedettes, qu'ils avaient confondues avec des destroyers, n'avait pas inquiété l'amiral, mais leur échec le portait à l'optimisme. Il envoie donc ce message à Kurita, Ozawa et au QG impérial :

J'ai franchi l'entrée sud du détroit de Surigao et me dirige sur Leyte. N'ai pu reconnaître le dispositif ennemi, sauf quelques destroyers mis en fuite.

A ce moment décisif, alors que les cuirassés japonais se révèlent aux radars des destroyers de Jesse Coward, Nishimura se trouve dans le noir et va y rester : médiocre qualité de ses radars, brouillages provoqués par les échos multiples des côtes rocheuses, confusion avec les îlots du détroit ? C'est seulement à 02:56, 4 minutes avant le lancement des torpilles de Coward, que le Shigure annonce :

- Trois bâtiments à 8 000 mètres !

Aussitôt, les énormes projecteurs du Yamashiro fouillent la mer sans résultat. Enfin, à 6 000 mètres, un obus éclairant met au grand jour les destroyers. Mais il est bien trop tard ! Ils viennent juste de lancer et les Japonais ne le savent pas ! Les Américains virent de bord, crachant d'épaisses fumées, poursuivis par les gerbes d'obus. Dans le camp nippon, personne n'ayant repéré les sillages, aucun virement salutaire n'est ordonné. Les torpilles du Remey manquent le Yamashiro, mais celles des deux autres destroyers frappent le Fuso qui suit juste derrière. Frappé à tribord au niveau de la salle des machines, le cuirassé embarque des tonnes d'eau. Il est perdu pour la bataille.
Dix minutes plus tard, la section de Phillips, surgit à bâbord. Cette fois les sillages sont détectés. Yamashiro tente une abattée de 90° mais il est frappé par une torpille du Monssen, mais poursuit sa route. Par contre, trois destroyers japonais sont éliminés : le McDermut a réussi un triplé fabuleux. Yamagumo explose et coule, Asagumo étrave arrachée, se replie, en feu et Michishio, désemparé, dérive sur la mer. Loin derrière, Fuso n'a pu maîtriser ses incendies. Une soute à munitions explose et coupe le cuirassé en deux. Les deux moitiés de l'épave, maintenues à flot par les compartiments étanches, dérivent en feu au milieu du détroit; elles couleront une heure plus tard.
Stupéfait par la brutalité de cette attaque imprévue, mais ignorant le sort du Fuso, Nishimura ne songe pas à fuir. Il ordonne :

- En avant ! Attaquez !

C'est alors que surgit dans la nuit le 24° escadron de destroyers.

La mise à mort

C'est à 03:00 que le capitaine de vaisseau McManes, sur le destroyer Hutchins, reçoit de l'amiral Berkey l'ordre d'attaquer. Ses 6 destroyers se tenaient en réserve sur le flanc droit d'Oldendorf.
A 03:25, le capitaine de frégate Corey, sur la passerelle du Killen aperçoit un grand bâtiment de combat à 5 500 mètres. Aussitôt, il fait changer la profondeur de transit des torpilles pour 7,50 mètres et ordonne le lancement de 5 torpilles. Tandis que les engins filent dans la nuit à l'encontre du cuirassé Yamashiro, du PC-opérations, près de la console radar, le chef de l'escadron observe le théâtre d'opérations.
Alors que 2 des 5 armes frappent le cuirassé japonais, trois nouvelles torpilles sont lancées contre l'Asagumo et trois autres pour achever le Michishio désemparé. A 03:45, McManes fait rompre le combat :

- Dégagez ! A tous. Ligne de repli le long du rivage de Leyte. Cap au nord-nord-ouest, à pleine vitesse !

Il ne reste dans le détroit que deux bâtiments japonais intacts : le croiseur Mogami et le destroyer Shigure. Bien qu'avarié Yamashiro continue sa progression vers le nord.

A l'entrée nord du détroit, dans le golfe de Leyte, la grande heure tant attendue est arrivée pour les six cuirassés américains dont cinq rescapés de l'attaque sur Pearl Harbor. Non, ils ne finiront pas comme tant de bâtiments de ligne, sans avoir tiré autre chose que des obus d'exercice, coques bientôt vouées aux ferrailleurs. Jusqu'ici, les cuirassés Mississippi, Maryland, West-Virginia, Tennessee, California et Pennsylvania n'avaient participé qu'à des opérations amphibies, des matraquages de plages, des couvertures de convois. Pour les cuirassés vétérans de la VII° flotte US, le rêve centenaire allait se réaliser. Barrer le T à l'ennemi.
A bord du croiseur-amiral Louisville, le compte à rebours se poursuit. Enfin :

- La tête de colonne ennemie est à 15 000 mètres, amiral, 19 000 mètres pour les cuirassés.
- Dites à Weyler qu'il peut ouvrir le feu.
- Amiral ! Notre PC-opérations annonce qu'il a repéré une nouvelle escadre ennemie qui entre dans le détroit de Surigao à 20 milles nautiques.

C'est Shima ! Tête baissée, sans aucun contact avec Nishimura, les croiseurs de la V° flotte se jettent à leur tour dans la nasse.

- On s'en occupera plus tard. Ouvrez le feu sur la première escadre !

La ligne de bataille, six cuirassés et neuf croiseurs, se couvre aussitôt d'éclairs, tandis que les falaises du détroit de Surigao répercutent le tonnerre de 250 pièces de gros calibre. Sous l'orage de fer et de feu, les bâtiments japonais sont aussitôt désemparés. Le cuirassé-amiral tente de riposter, mais trois de ses tourelles sont bientôt muselées.
C'est l'instant où les neuf destroyers du 56° escadron engagent leur attaque finale. Les lévriers de la mer, menés par Smoot, comprennent qu'ils vont arriver trop tard. Les obus des cuirassés et des croiseurs américains passent en hurlant au-dessus de leurs mâts. Sur les passerelles, on compte les impacts. Déjà, dix coups au but !
Yamashiro brûle de l'avant à l'arrière et dérive vers Leyte. Une minute après avoir lancé ses torpilles Mogami encaisse du Portland une salve d'obus explosifs de 203 mm qui provoque une hécatombe. Sur la passerelle, le commandant Toma et tous ses officiers sont tués. La moitié de ses machines avariées, le croiseur se traîne à 10 nœuds, brûlant comme une torche.
Mais soudain, le feu des cuirassés américains cesse. Naviguant en travers du détroit, ils vont être masqués par l'île d'Hibuson et doivent virer bord pour bord et revenir à l'ouest.
Oldendorf signale à ses deux amiraux, Weyler et Chandler :

- Suspendre le tir. Venir cap pour cap.
- Virer de 150°, tous à la fois, ordonnent les amiraux.

A la suite d'une erreur d'interprétation, le cuirassé California, qui a compris venir au 150, sort de la ligne. Il manque d'aborder le Tennessee qui doit battre en arrière pour éviter l'abordage. La confusion se met dans l'escadre. Comprenant enfin, Nishimura décide de profiter de ce répit inespéré pour tenter de s'échapper.

- Demi-tour ! Cap sur la sortie du détroit !

Le 56° escadron de destroyers attaque

Menés par le capitaine de vaisseau Roland N. Smoot, les destroyers Newcomb, Richard P. Leary et Albert W. Grant du DesRon56 attaquent sur le flanc tribord.

- Rattrapez l'ennemi ! Venir en route parallèle.

A 04:04, 13 torpilles quittent les tubes dans un tir presque perpendiculaire. Les japonais ripostent. Le Grant est manqué de quelques mètres par une torpille. Soudain, une gerbe de 30 mètres de haut monte du flanc du cuirassé, puis une autre. Smoot ordonne :

- Demi-tour ! Faites de la fumée.

Mais au lieu de se réfugier sous les rives de Leyte, la section, pour offrir moins de prise à la riposte ennemie, dégage en plein milieu du détroit, contrairement aux ordres d'Oldendorf. Pris pour des japonais, les trois destroyers subissent alors le matraquage des croiseurs américains, tout en encaissant les derniers coups adverses. Si Leary et Newcomb parviennent à s'échapper sans dommages, Grant, dernier de la ligne, est rapidement désemparé par les obus amis de 152 et ennemis de 127. La tourelle arrière est démolie par l'explosion de son parc à munitions. Un canon de 40 est détruit, une cheminée est déchiquetée. Tout l'arrière est soufflé et la coque est crevée à l'avant. A 04:10, il n'est plus qu'une épave brûlant sur la mer. Juste avant que le poste radio ne se taise, pulvérisé à son tour, le dernier appel de détresse est enfin parvenu à Oldendorf qui fait cesser le tir.
En raison de ce nouvel arrêt inespéré, les rescapés de l'escadre japonaise vont sans doute échapper à la destruction totale.
Sous les coups de toute la flotte américaine Yamashiro n'est plus qu'un amas de ferrailles tordues et rougies par le feu. Sur la passerelle dévastée l'amiral Nishimura gît, mortellement blessé, parmi les corps sans vie de ses officiers. Le feu gagne les soutes à munitions sans que les équipes de sécurité, dépourvues de moyens, puissent s'interposer.
Une lueur fulgurante, une explosion titanesque que répercutent les rives du détroit : Yamashiro se casse en deux projetant vers le ciel des débris incandescents. Pendant quelques minutes, l'avant et l'arrière du bateau dérivent sur la mer puis chavirent lentement. Seuls rescapés, Mogami en feu et Shigure s'enfuient vers le sud.

Les croiseurs de Shima se jettent dans le piège

A trois heures du matin, la V° flotte allait doubler l'île de Panaon qui garde l'entrée sud du détroit de Surigao. Le temps s'était obscurci et toute l'escadre faillit se jeter sur les hauts-fonds de l'île. Elle fit une brutale abattée de 110° tribord et se retrouva sur le bon chemin.

- Prendre la formation d'attaque sur une colonne. Aux postes de combat. Vitesse 25 nœuds.

L'amiral plaça son Nachi en avant-garde, suivi de Ashigara et en arrière le croiseur léger Abukuma à bord duquel le contre-amiral Susumu Kimura commandait les forces légères. Disposition aussi dangereuse que celle prise par Nishimura, mais, estimait Shima, "il est de tradition dans la Marine impériale que le chef soit en tête."

Surgissant de derrière l'île, une vedette rapide, la PT-137 sort de l'ombre et attaque. Deux torpilles sont lancées sur le destroyer du flanc gauche qui le manquent. Poursuivant leur course, l'une d'elles vient frapper Abukuma. Le croiseur s'enfonce de l'avant et sort de la ligne à 9 nœuds. Sur la passerelle du Nachi, Shima ordonne :

- Vous avez liberté de manœuvre. Essayez de rentrer. Impossible de vous donner un escorteur.

Abukuma vire de bord et se perd dans la nuit.
A 03:30, l'escadre de Shima pénètre dans le détroit à 28 nœuds. On aperçoit bientôt les énormes lueurs de la bataille. L'amiral est toujours dans l'ignorance des évènements. Au-delà, à l'entrée du golfe, on peut distinguer, à travers les déchirures de la fumée, la ligne illuminée des coups de départ des cuirassés américains. Brusquement, le vent étant tombé, toute la scène est masquée par l'épaisse fumée dégagée par les navires au combat. Dans cette brume artificielle, un officier croit reconnaître les cuirassés Yamashiro et Fuso mais en réalité ce ne sont que les deux demi-épaves du Fuso qui dérivent.

- Que dit le radar ?
- Rien de cohérent, amiral. Quelques échos ici et là, mais ce peuvent être aussi bien des interférences provoquées par le relief.
- Bien, voici mes ordres. Les méprisables forces ennemies ont dû se concentrer à l'ouvert du golfe et se dissimulent à l'abri de nuages de fumée. Il faut s'attendre à un tir au radar. Sus à l'ennemi ! Dès qu'il ouvrira le feu, nous le repérerons. Nos croiseurs, puis nos contre-torpilleurs lanceront alors leurs torpilles. Pendant qu'on rechargera les tubes, les destroyers soutenus par nos canons effectueront un deuxième lancement. Ensuite, nous pénétrerons dans le golfe pour y détruire le corps de débarquement et tous les navires qui s'y trouvent.
- Amiral, un bâtiment inconnu en avant tribord ! Il semble immobilisé. Il émet le signal de reconnaissance. C'est le Shigure.

Sur l'ordre de retraite de Nishimura, le destroyer s'est replié; mais, gouvernail avarié, il manœuvre difficilement. A quatre heures, lorsqu'il voit l'escadre de Shima s'avancer il s'apprête à l'aviser du drame.

- Je suis le Shigure. J'ai une avarie de barre.
- Je suis le Nachi.

C'est tout. Ils sont passés. Il n'y aura ni interrogation, ni avertissement. Shima poursuit à 28 nœuds vers "sa" bataille.
A 04:20, un contact radar est pris par le Nachi, lorsqu'une silhouette embrasée émerge de la fumée. C'est le Mogami. Les survivants manœuvrent à grand peine le gouvernail en prise directe. Il se dirige droit sur l'escadre de Shima, mais comme pour le Fuso et le Shigure, les hommes de Shima n'ont qu'indifférence et mépris pour ceux qui tournent le dos à la bataille.

- Distance des cibles 15 000 mètres. Lancez en gerbe !

Pour présenter ses tubes battants, l'escadre a évolué. Après le départ de torpilles, elle achève son mouvement lorsque l'impensable se produit. Le Nachi aborde le Mogami désemparé que tout le monde, dans son ignorance aveugle, a oublié. Puis on entend l'explosion des torpilles sur les rochers de l'île d'Hibuson qui ont renvoyés de faux échos, trompant les opérateurs radar.
Comprenant qu'il a enfin perdu la partie, Shima ordonne à 5 heures le repli définitif.

Revenez immédiatement !

A 06:15, Oldendorf après avoir constaté la fuite de Shima, donne alors un premier bilan à l'amiral Kinkaid.

- Bien joué, my dear Old.
- Amiral, pouvez-vous lancer l'aviation des Taffy pour achever les fuyards ?
- Je préviens Sprague.

Ainsi fut achevé le croiseur lourd Mogami.

A 07:32, au moment où il savoure sa victoire, Oldendorf reçoit du golfe de Leyte, ce message stupéfiant de l'amiral Kinkaid :

- Au nord du golfe, nos porte-avions de Taffy 3 viennent d'être attaqués par une puissante flotte ennemie, qui avance sur Leyte. Revenez immédiatement.

C'était Kurita, à la tête du corps de bataille ! Oldendorf n'avait pratiquement plus de combustible, ni de munitions.

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Sources

  • Les grandes batailles navales de la Seconde Guerre mondiale, par J-Jacques ANTIER.
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